Sterling Sharpe, enfin au panthéon

Source : packers.com

Il était temps ! Ce n’est pas faire preuve de favoritisme que de dire que Sterling Sharpe était le joueur le plus snobé pour être introduit au panthéon des joeuurs NFL : le Hall of Fame. Mais depuis avant-hier, le préjudice est réparé pour l’ancien WR des Packers.

UN RECEVEUR HORS PAIR

Pourquoi snobé ? Parce que Sterling Sharpe, quand il était à son apogée était à touche-touche statistiquement avec le joueur considéré comme le meilleur WR de tous les temps : Jerry Rice, l’ancien 49ers.

Mais cette si longue attente pour l’ancien n°84 était principalement due à sa courte carrière. Sharpe ne dura que 7 ans en NFL quand Jerry Rice justement joua 20 saisons.

Car sa carrière prit un tournant dramatique quand sa tête fit un mouvement arrière en effectuant un block lors de l’avant-dernier match de la saison 1994 contre les Atlanta Falcons. Sharpe resta allongé plusieurs minutes sur le turf du Milwaukee County Stadium et on sentit bien qu’il eut un choc nerveux et une paralysie temporaire. Il se releva, put sortir du terrain par ses propres moyens et semblait avoir récupéré totalement.

Lors du dernier match de la saison 1994 contre les Tampa Bay Buccaneers, tout cela semblait être de l’histoire ancienne et Sharpe revint à ses standards : 9 réceptions, 132 yards, 3 TD lors de ce week 17 de la saison 1994. Mais là encore, il eut un contact anodin qui aggrava sa blessure cervicale.

Cette fois, c’était sérieux. Après 114 matchs consécutifs (!), l’inoxydable Sharpe allait manquer son premier match en carrière : le tour des wild-cards 1994 contre les Lions ; un match que GB allait gagner 16-12 avant de tomber lourdement en tour de division chez les Dallas Cowboys (35-9).

Mais pour Sharpe, cette défaite était presque anecdotique. Il dut se résoudre à se faire opérer des cervicales avec une fusion des vertèbres C1 et C2. Evidemment, non seulement cette fusion allait clairement l’handicaper pour jouer WR mais en +, cela ne le prémunissait pas d’une nouvelle blessure. Le chirurgien lui faisant même cette confidence : « si vous étiez mon fils, je vous dirais d’arrêter le football ».

C’est ce qu’il se passa. Sharpe fut résilié en mars 1995, juste avant ses 30 ans, et ne rejoua plus jamais en NFL.

Si sa carrière fut « courte », elle n’en fut pas moins flamboyante. Il établit en 1992 un nouveau record de réceptions en saison pour un receveur NFL : 108. Un record qu’il battit encore en 1993 (112) en même temps que Rice cette fois (et battu l’année suivante par Cris Carter).

Ce même Rice qui le concurrença médiatiquement. Mais pendant que Rice était servi par le QB référence des années 80 (un certain Joe Montana) puis par un autre QB futur hall of famer (Steve Young), Sharpe débuta sa carrière en 1988 avec… deux QB puisque le head coach de l’époque Lindy Infante décida de partager le poste de QB entre Randy Wright et Don Majowski. Ce partage des tâches revint en 1991 entre encore Majkowski et Tomczak, sans plus de succès.

1989 fut un arc-en-ciel dans la grisaille de Green Bay. Majkowski était nommé titulaire et fit feu de tout bois en s’appuyant évidemment sur Sharpe, qui était déjà la cible n°1 quand il était rookie. Le Majik Man finissait même n°1 NFL en yards à la passe. Les Packers de 1989 étaient renommés le « Cardiac Pack » pour leurs victoires à l’arrachée, 4 victoires ayant été acquises par 1 seul point, record encore en cours.

Malgré cette saison de renaissance, le bilan de 10-6 ne suffisait pas à intégrer des play-offs à 5 équipes par conférence. Les Packers manquèrent d’un rien les matchs de janvier : à égalité de bilan avec les Minnesota Vikings pour le gain de la NFC Central, un plus mauvais bilan intra-division les condamnait alors que les deux places wild-cards furent obtenues avec un bilan de 11-5.

Sharpe profita de cette saison étincelante pour glaner sa 1ère sélection All-Pro et être n°1 NFL en réceptions.

Source : packers.com

Mais cette renaissance fut de courte durée quand Majkowski eut ses ligaments d’épaule déchirés à la suite d’un rude plaquage face aux Phoenix Cardinals lors du 10ème match de la saison 1990. Menés ensuite par le sombre QB Anthony Dilweg, les Packers finirent la saison par 5 défaites consécutives qui achevait une saison pourtant bien partie (bilan final de 6-10).

Dépourvu d’un QB de qualité, Sterling Sharpe restait prolifique sans atteindre son nirvana de 1989. Il faut dire que durant ses 4 premières saisons (1988 à 1991), Sharpe était vraiment le diamant dans la broussaille. Seule arme offensive dans une équipe résolument tournée vers la passe, aucun de ses coéquipiers ne dépassa jamais 650 yards à la réception en une saison.

AU RÉVÉLATEUR FAVRE

C’est en 1992 que Sharpe vit avec plaisir l’arrivée de Mike Holmgren en head coach et de Brett Favre à GB. Ce dernier prit le pouvoir au poste de QB, suite à la blessure définitive du Majik Man en week 3, un match contre les Cincinnati Bengals qui signera l’acte de naissance de Brett Favre.

Avec le légendaire n°4, pourtant alors encore un peu vert lors de sa première vraie saison, Sharpe explosa les compteurs cette même année en étant le meilleur WR NFL : 1er en nombre de réceptions (108) et 1er en nombre de yards (1461 yards), 1er au nombre de TD (13) et 1er en nombre de yards par match (91,3 yards).

Avec Favre, Sterling Sharpe avait trouvé son artificier. De plus, la draft 1992 fut prolifique en joueurs offensifs (Edgar Bennett en RB, Robert Brooks en WR et surtout Mark Chmura (3 Pro Bowls) en TE).

1993 fut l’année de l’arrivée de Reggie White à GB, le ministre de la défense, les Packers devenaient une équipe complète et allait se qualifier pour les play-offs, pour la première fois depuis 1982.

Quant à Sharpe, il surpassa en 1993 son record NFL de réceptions : 112 (mais Jerry Rice en fit alors tout autant) et cumula 1274 yards avec 11 TD. Il goûta donc aux play-offs pour la première fois, et avec tout son talent, Sharpe prit part à l’une des actions les plus mémorables de l’histoire des Packers.

Il restait un peu plus d’une minute à jouer et GB était mené 24-21 par les Detroit Lions de Barry Sanders, vainqueur de la NFC Central… en vainquant en week 17 les Packers.

À 40 yards de l’en-but Lions, Favre prend la balle, s’échappe vers la gauche et décoche de manière incroyable une flèche vers la diagonale droite où Sharpe sema tranquillement son défenseur. La bombe de 70 yards dans les airs donna le TD de 40 yards pour Sharpe à 55 secondes de la fin du match. Victoire 28-24 des Packers où Sharpe se fendit tout simplement de 3 TD (avec 5 réceptions et 101 yards), montrant qu’il ne craignait pas les lumières des matchs à enjeu.

D’ailleurs, lors de la défaite en tour de division chez les Dallas Cowboys, Sharpe était très loin de démériter : 6 réceptions, 128 yards, 1 TD.

Cette fois, c’était sûr, les Packers avaient trouvé la formule qui pouvait être gagnante.

En 1994, la qualification en play-offs ne fut pourtant pas si aisée avec 3 victoires lors des 3 dernières semaines pour un bilan de 9-7 et un nouveau tour de wild-cards. Dans une attaque plus équilibrée avec les RB Bennett et Cobb, Sharpe vit son nombre de réceptions diminuer mais pas son nombre de touchdowns. Avec 18 TD en une saison, Sharpe battait le record de franchise.

Nantis de leur expérience des play-offs en 1993, 1994 devait être l’année de la confirmation. Mais ce sera donc sans Sharpe. Et plus jamais avec lui… Sans leur arme offensive n°1, les Packers échoueront encore contre les Cowboys, leur bête noire de l’époque.

Photo : Richard Wood

UN JOUEUR DE RECORDS

Issu de l’université de South Carolina où il battit tous les records universitaires à son poste, l’enfant de Georgie fut drafté au 7ème choix du 1er tour de la draft 1988 où furent également choisis les WR Hall of famers Tim Brown (choix n°6) et et Michael Irvin (choix n°11).

Il joua donc l’ensemble des 112 matchs de ses 7 saisons régulières (+ 2 matchs de play-offs en 1993) sans jamais être absent pour blessure. Il cumula :

  • 595 réceptions
  • 8134 yards
  • 65 TD
  • 5 sélections Pro Bowl
  • 3 sélections All Pro

Beaucoup de ses records en saison se maintinrent chez les Packers jusqu’à l’apogée de Davante Adams, presque 30 ans plus tard, qui prenait celui des réceptions (115 en 2020 et 123 en 2021) et égalait celui des TD en 2020.

Deux fois demi-finalistes ces deux dernières années pour l’introduction au Hall of Fame, la question de son introduction n’était évidemment qu’en lien avec la blessure qui écourta trop tôt sa carrière. Mais la récente introduction en 2022 du LT Tony Boselli, LT infranchissable des Jacksonville Jaguars à la fin des années 90 et à la carrière écourtée par des blessures à l’épaule, me laissait à penser que le temps de Sharpe serait bientôt là.

S’il y en a un qui militait plus que tout autre pour que Sterling Sharpe soit honoré, c’est bien son petit frère Shannon. L’ancien grand TE des Denver Broncos entra au Hall of Fame en 2011 où son discours poignant citait que malgré cet honneur, il n’était même pas le meilleur joueur de sa famille… C’est d’ailleurs lui, à son domicile, qui fit l’annonce surprise à son grand frère.

Désormais, les Sharpe seront à jamais les premiers frères à être introduits au Hall of Fame de la NFL, coiffant au poteau les Manning.

Sterling Sharpe obtient une juste récompense pour le joueur qu’il était : le prototype parfait du receveur. Pas spécialement grand (1,83 m), Sharpe était musculeux et puissant, machine à casser les plaquages et bon bloqueur, et en plus doté d’appuis très vifs, d’une vitesse de pointe élevée, de mains soyeuses et d’une coordination oeil-mains rare.

Durant trop longtemps, Sterling Sharpe ne put compter sur une équipe compétitive. Et lorsque enfin les pièces s’assemblaient autour de lui pour faire des Packers un des cadors de la NFC, sa blessure écourta tristement sa carrière. On peut imaginer la frustration d’un joueur exceptionnel en train de voir les Packers éclore juste après sa retraite forcée, avec notamment un Super Bowl gagné en 1996. Combien GB en aurait-il eu avec le n°84 dans ses rangs pendant la décennie des années 1990 ?

GreenBayPackersFrance

1 Comment

  1. DavidBrillac

    avec notamment un Super Bowl gagné en 1996. Combien GB en aurait-il eu avec le n°84 dans ses rangs pendant la décennie des années 1990 ?

    Je me suis très souvent posé la question à l’époque après sa blessure, combien de Super Bowl les Packers auraient pu gagner si il avait pû continuer et avec Barry Sanders qui aurait dû être un Packers 🙄
    Favre, White, Sharpe, Sanders, imaginez la dream team !
    Sharpe était un joueur qui vous tranchait les défenses, beaucoup de similitudes avec Adams, élégant, rapide, puissant, des mains en or.
    Petit bémol quand il y a quelques années Sterling Sharpe avait déclaré qu’à l’époque où il était joueur, il n’aurait jamais accepté de jouer avec un coéquipier ouvertement gay.

Laisser un commentaire