SB LVIII : Et à la fin, les Chiefs gagnent

3ème SB pour Mahomes (Photo : Steve Sanders)

Le Super Bowl clôturant la saison 2023 est monté crescendo au fil de la partie. D’abord atone, le match a été épique sur sa fin avant de nous livrer des prolongations jouées pour la première fois sous son nouveau format où chaque équipe a au moins une possession à jouer. Et au final, l’histoire se répète : les Chiefs et Mahomes gagnent, les 49ers et son entraîneur Kyle Shanahan perdent.

DES CHIEFS EN MODE PHÉNIX

Les Chiefs de Kansas City ont donné une preuve de plus que les play-offs NFL ont une dramaturgie à nulle autre pareille dans les sports américains. Le n°3 AFC au bilan de 11-6 avec un 4-2 dans une AFC West qui s’est finalement avérée être une des faibles divisions de la NFL 2023, remporte finalement la mise après une saison régulière bien terne, à l’image de celle de son QB. Face au n°1 NFC qui semblait avoir toutes les pièces du puzzle hormis un QB peu expérimenté et une OL moyenne en dehors de son LT.

Mais pas grand-monde ne se souviendra de cette saison régulière morose des Chiefs avec ce 3ème sacre en 5 ans. Et il faut croire que l’AFC, pourtant si concurrentielle cette année, s’accommode encore une fois du joug d’une seule équipe.

Après le long règne des New England Patriots de Tom Brady entre 2001 et 2018 (13 finales AFC, 9 titres AFC, 6 Super Bowls), il semble que le n°12 légendaire des Patriots a donné le sceptre de la division américaine à Patrick Mahomes qui depuis 2018 collectionne déjà 6 finales AFC, 4 titres AFC et 3 Super Bowls.

D’ailleurs, les deux futurs Hall of Famers s’étaient croisés dans la finale AFC 2018 remportée par les Patriots mais où le casque trop en avant de Dee Ford (OLB) sauvait Brady de l’interception sur 3ème et 10. Sans ce « hors-jeu » de Ford, les Chiefs allaient au Super Bowl pour y rencontrer les Rams.

SAN FRANCISCO DOMINE SANS PRENDRE LE LARGE

Les titres se jouent parfois des détails mais on ne peut pas dire que ce fut le cas pour ce Super Bowl LVIII. Ou alors une multitude de détails qui en fait au final une tendance.

Ce match, les 49ers l’avaient en main en 1ère mi-temps (17 mn de possession sur 30) en déroulant son jeu offensif basé d’abord sur Mc Caffrey (9 courses, 34 yards ; mais surtout 5 réceptions pour 46 yards).

Le feu-follet, pierre angulaire de l’attaque de SF, souffla le chaud et le froid pour SF en 1ère mi-temps. D’abord un fumble en zone de FG pour débuter la rencontre. Puis ce TD en réception de 21 yards sur un « trick play » (passe d’un WR traversant le terrain horizontalement vers MC Caffrey) qui ne piéga pas totalement KC mais dont les blocks furent parfaitement exécutés pour ouvrir la voie au petit RB vers le TD.

Ce touchdown à 4 mn de la mi-temps récompensait enfin des Niners dominants mais stériles. Et cela me rappelait mes Packers qui eurent la même domination de 1ère mi-temps en Divisional face aux 49ers. Pour la courte défaite dont on se souvient…

Et encore, ces 49ers purent compter sur leur kicker rookie qui battit alors le FG le plus long du Super Bowl (55 yards) pour un peu plus coller à la réalité du terrain (à la mi-temps : score 10-3 pour SF ; 204 yards offensifs pour SF et 17 mn de possession, 144 yards offensifs pour KC).

Les Niners avaient préparé leur affaire aussi en défense. Il faut dire que le schéma est assez simple mais historiquement efficace : avoir un gros front-4 et le laisser faire son oeuvre. La même force défensive que les Giants avaient utilisé contre des Packers qu’on pensait invincibles en 2011.

Les Bosa, Hargrave, Armstead et Young débordèrent souvent à eux seuls l’OL des Chiefs. Si bien que Mahomes (QB) ne put trouver son arme n°1 Travis Kelce (TE) bien cernée : 1 réception pour 1 yard en 1ère mi-temps !

De même, avec leur front-4 et leur paire de LB Warner-Greenlaw, SF contrôlait Pacheco, ne lui laissant aucune échappatoire : 5 courses, 13 yards sur les 4 premiers drives de KC.

Mahomes (QB) en était tellement désespéré qu’il tenta après bootleg la « hourra deep pass » quand il lança sur un Mecole Hardman (WR) doublement couvert avec un défenseur perdant le visuel du ballon qu’il aurait dû intercepter. Une action que n’aurait pas renier le Jordan Love de la 1ère moitié de saison 2023 ! Cette action d’éclat réussie (52 yards) ne donna rien car Pacheco (RB) commit ensuite un fumble à moins de 10 yards de l’en-but.

Seulement, juste avant, Dre Greenlaw (LB) se rompit le tendon d’achille en sautillant pour entrer sur le terrain ! Un être vous manque et tout est dépeuplé ? On pourrait le croire tant Greenlaw avait fait basculer le match contre les Packers (2 interceptions). Mais surtout, lors de ce Super Bowl, sa sortie coïncide avec un Pacheco (RB) un peu plus incisif et surtout un remplacement par l’ancien 3ème tour Packers Oren Burks (ILB) qui ouvrit les vannes du jeu de passe intermédiaire des Chiefs.

Si KC avançait enfin, les Chiefs manquaient le coche en redzone pour n’empocher qu’un FG (10-3 pour SF à la mi-temps).

Les Chiefs ne renversaient pas encore la tendance avec une interception bien moche d’un Mahomes en mouvement surdosant sa passe pour Kelce (TE). Mais Kyle Shanahan tenta de surprendre son monde en donnant les clés du jeu offensif à son jeune QB Brock Purdy et en ne donnant que 9 ballons de course à Mc Caffrey en 2ème mi-temps.

Un Purdy pas taillé pour porter à lui seul l’attaque de SF convenait à merveille à la défense hyper-agressive du coordinateur défensif Steve Spagnuolo (25 blitz sur le match !).

Les Chiefs pouvaient donc se permettre d’être encore inefficaces et leur kicker Butker leur donnait 3 pts précieux sur un FG de 57 yards, nouveau record du SB !

Ne pas achever la bête, c’est s’exposer à sa révolte. Mais il faut dire que celle-ci vint par un coup du sort que n’auraient pas renier non plus les équipes spéciales de Green Bay ! À la retombée d’un punt trop court, le ballon rebondit alors sur le talon d’un Niner, rendant le ballon « vivant », un ballon que ne put ensuite contrôler le punt returner contre la marée Chiefs. Et hop, ballon aux 16 yards, touchdown de l’ancien Packers Valdes-Scantling (WR) derrière une défense trop préoccupée par Kelce. (13-10 pour KC).

THRILLER JUSQU’EN PROLONGATIONS

À partir de cette fin de 3ème quart-temps, le match s’emballait dans un rythme crescendo. Après avoir oublié Mc Caffrey au 3ème quart-temps, le RB était reconvoqué dans le plan de jeu. Et la défense de KC lâchait la bride dans la zone intermédiaire, ce qui était exploité par Purdy (QB).

À 13 mn de la fin, Shanahan sentait l’urgence et tenta une 4ème et 3, réussie pour quelques cm par Kittle (TE). Et sur une passe slant mécanique de Purdy pour Jennings, ce dernier s’extirpa des bras de Sneed (CB) pour le TD. La transformation fut bloquée, laissant les Chiefs à portée de FG. (16-13 pour SF)

La fin de match verra deux équipes en manque d’efficacité. À 3 yards de l’en-but sur 3ème et 3, Mahomes ne trouvera rien d’autre que le sack après avoir improvisé. FG. (16-16)

Un blitz de Mc Duffie (CB) sur 3ème et 5 contraint SF à tenter un FG difficile de 53 yards, réussi. (19-16 pour SF).

Avec 1 mn 50 à jouer, l’affaire me semblait cousue de fil blanc pour le TD victorieux de Mahomes (QB). Mais KC avançait petitement et le gros jeu de Kelce (22 yards en tracé cross) n’intervint qu’à 10 secondes de la fin. Un jeu supplémentaire tenta bien de trouver Kelce dans la endzone, sans succès. Le kicker ne tremblait pas sur le FG de 29 yards.

19-19 : en route vers des exceptionnelles prolongations pour la première fois jouées sous le format « 1 possession obligatoire pour chaque équipe quelque soit le scoring ».

SF gagna le « toss » et choisit de prendre le ballon. Un choix discutable dans un match où les défenses avaient pris globalement le dessus.

Les Niners semblaient avoir le destin avec eux. Une 3ème et 13 manquée était convertie par une pénalité de « holding » pour un accrochage entre Mc Duffie (CB) et Jennings (WR) en limite des 5 yards de la ligne de mise en jeu et un peu sévère compte tenu du « laisser jouer » des arbitres (habituel en Super Bowl). Puis un catch de Juszczyk sur 2ème et 12 fut très litigieux compte tenu du fait que le FB relâchait le ballon à son contact au sol.

À 8 yards de l’en-but, l’OL des 49ers laissait Chris Jones (DT) courir sans opposition vers Purdy sur 3ème tentative. FG. 22-19 pour SF.

De nouveau, Mahomes et les Chiefs avaient la balle de match en main puisqu’en cas de TD, la victoire était assurée. Et au lieu des 2 mn de la fin de match, c’était cette fois 7 mn qui étaient à disposition de KC avec interdiction de punter et donc le plan de devoir jouer les 4 tentatives jusqu’aux 30 yards adverses.

Et c’est ce que fit Mahomes sur 4ème et 1 où il garda le ballon pour convertir lui-même à la course. Sur 3ème et 6, malgré le blitz à 7 des Niners, Mahomes trouvait Rice (WR) sur un tracé « drag ».

Mahomes endossa son costume de messie en courant pour 19 yards. Un jeu de TE screen aurait pu donner le TD de la victoire à Kelce si les blocks avaient été bien exécutés. Qu’importe, KC avait 4 tentatives pour le graal. La première suffit. Une défense déséquilibrée et concentrée sur Kelce (TE) laissait Hardman (WR) complètement seul après qu’il ait été en mouvement « pré-snap ». Touchdown. Super Bowl Kansas City.

LES DÉFENSES GAGNENT LES TITRES

Si le story-telling aurait apprécié le TD victorieux des Chiefs par Travis Kelce pour rendre fous tous les « swifties », il est savoureux pour les connaisseurs de la NFL de voir le TD victorieux inscrit par Mecole Hardman. Le WR fut laissé libre à l’inter-saison par KC et recruté, certes pour une somme plutôt modique (4 M$) pour 2023, par les New York Jets. Mais ça c’était avant l’arrivée d’Aaron Rodgers qui incluait celle de ses amis Allen Lazard et Randall Cobb. Hardman relégué au fond du banc des Jets, il fut échangé pour une bouchée de pain aux Chiefs en octobre : un 6ème tour des Chiefs 2025 contre Hardman et un 7ème tour des Jets 2025.

Sans concurrent au sein de son équipe qui aurait eu un match énorme ou des plays exceptionnels (pick-6 ou return TD), Mahomes reçut par défaut mais logiquement le titre de MVP. Le n°15 des Chiefs a en effet réalisé un très beau drive victorieux mais ce fut poussif auparavant face à une défense Niners qui sut mettre Mahomes dans la difficulté en bloquant Pacheco (RB), en surveillant Kelce (TE) comme le lait sur le feu et en étant plutôt imperméable en redzone (2/6 en redzone pour KC !)

La défense des Chiefs ne fut pas en reste. L’agressivité du coordinateur défensif Steve Spagnuolo (+ d’1/3 de blitz sur ses jeux défensifs) a payé. Elle a mis aussi en difficulté un QB moins aguerri que son adversaire à ces joutes à enjeu. La statistique de 3/12 en 3ème tentative témoigne de la difficulté de Purdy à surmonter cette défense agressive.

On rajoute un playmaker (Mc Caffrey) oublié un peu trop longtemps, un Purdy qui a lancé autant en 1ère tentative qu’un Mahomes, une balance des turnovers malheureusement équilibrée par un « muffed punt  » bien malchanceux et un playmaker blessé avec un gros downgrade en remplacement, et voilà comment les Niners ont laissé dans le match un QB pour qui la pression n’a pas de prise sur son jeu.

Ce Super Bowl a plus valu par sa dramaturgie que pour ses jeux exceptionnels. C’est aussi ça le football américain. Les défenses peuvent prendre le dessus. Et si Mahomes aura la lumière de ce succès sur ses épaules, l’adage « les défenses gagnent les titres » ne pouvait que se confirmer avec celles des 49ers et des Chiefs, deux défenses top 5 NFL cette saison. Deux belles défenses 4-3 dont les Packers pourraient bien s’inspirer en cas de nouveau système 4-3 que le nouveau coordinateur défensif des Packers Jeff Hafley pourrait bien appliquer aux Packers 2024.

Et pour finir sur la défense des Chiefs, celle-ci a encaissé 19 points dans le temps règlementaire. Soit à peine plus que ses 17 points par match, la 2ème moyenne NFL en 2023. L’équipe qui a fait encaisser le plus de points aux Chiefs en 2023 ? Tout simplement les Packers : 27 points pour une victoire enthousiasmante en semaine 13 à domicile qui laissait augurer des lendemains qui chantent pour GB.

Cette dernière statistique est à la fois encourageante… et frustrante tant les Packers ont montré dans ces play-offs qu’ils étaient en mesure de renverser les favoris. Mais à GB, c’est comme s’il fallait d’abord manger son pain noir avant de briller. Après tout, Rodgers, pour ses premiers play-offs en 2009, avait essuyé une frustrante défaite 51-45 en prolongations chez les Arizona Cardinals après un fumble return TD commis grâce à un facemask sur le QB qui avait le ballon en main dans des OT ancienne version, c’est-à-dire la victoire pour le premier marqueur.

On espère que ce pain noir à Green Bay est digéré et que l’occasion manquée en 2023 se représentera de suite en 2024 où les 49ers, sans grosse perte de prévue, seront encore un épouvantail de la NFC.

GreenBayPackersFrance

1 Comment

  1. DavidBrillac

    Pour moi qui a découvert la NFL avec deux VHS acheter en 86 où 87, l’une sur les Packers de Lombardi d’où ma passion, et l’autre intitulé Super Sunday Super Bowl, j’en suis resté au image du Super Bowl l, entre les Packers et les Chiefs.
    Les Packers étant au dessus de tout, pour le reste j’ai toujours aimé les Chiefs de la famille Hunt, de Hank Stram, de Len Dawson, puis début 90 date de leur retour, avec l’emblématique Christian Okoye, et Derrick Thomas, puis l’équipe monstrueuse de nos jours avec des gars que j’apprécie aussi, Reid passé chez nous, Mahomes au dessus de tout le monde, et le puissant Kelce et sa petite amie stars mondiale et démocrate.
    À contrario ne supportant pas les 49ers et leur coach, ainsi que son père, une équipe trop souvent sur notre route, la victoire des Chiefs me va très bien !

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