Brett Favre : l’échange

Brett Favre : The gunslinger (Photo : Nelson Chenault)

Dans la lignée des sondages auprès de ma modeste audience Twitter, une tendance se dessine sur un profil de cheeseheads étant tombés amoureux des Packers parce que Brett Favre. Alors, remémorons-nous ou apprenons plutôt le début de l’histoire du légendaire n°4 avec la franchise wisconsinite.

DU MISSISSIPPI À LA GEORGIE

La photo-culte de Brett Favre (photo : Tim Isbell)

Pour ceux qui ne le sauraient pas, les Packers n’ont pas drafté Brett Favre. En 1991, c’est une autre franchise NFL qui mit le grappin sur le natif de l’Etat du Mississippi au 6ème choix du 2ème tour (soit le 33ème choix général). Alors à qui répond Brett Favre au téléphone le soir de la draft, moment instantané capté par une photographie devenue culte avec un Brett Favre répondant à un téléphone fixe transportable tout en étant affalé le coude sur son lit et portant un short en jean typique des 90’s ?

Eh bien, ce sont les Atlanta Falcons qui décidèrent de faire confiance à ce jeune redneck du sud Mississippi. Enfin, plutôt le vice-président en charge du personnel joueurs chez les Falcons, Ken Herock.

Car le head coach des Falcons à ce moment-là (1990-1993) n’est autre que le sulfureux Jerry Glanville, celui qui a fait surnommer l’Astrodome des Houston Oilers, la « House of Pain », tant l’équipe qu’il dirigeait de 1985 à 1989, qui avait certes le légendaire Warren Moon au poste de QB, imposait surtout une défense brutale avec également de nombreux coups bas qui feraient passer les adeptes du Bountygate pour des… saints justement.

Le fort en gueule Glanville n’hésita donc pas à critiquer publiquement ce choix des Falcons. Pour lui, le QB 1 était bien Chris Miller et rien, « à part peut-être un crash d’avion », ne pouvait permettre à Favre d’avoir des mises en jeu.

Et il faut dire qu’il n’eut pas foncièrement tort le Glanville puisque Miller sortira en 1991 sa meilleure saison : 3103 yards et 26 TD amenant le QB 1 des Falcons au Pro Bowl.

Quant au rookie Favre, au lieu de travailler dur pour prendre la place de Miller, il préférait plutôt rentrer dans le conflit avec Glanville et s’attardait largement plus dans les bars que sur les terrains de football. Sûr que son talent inné repéré à l’université de Southern Mississippi lui permettrait de rebondir, Favre ne craignait pas les nuages de « red flags » qui auraient pu lui être rédhibitoires.

Favre eut de la chance et raison de croire en sa bonne étoile qui sera finalement jaune et verte. Par la grâce d’un homme, le tout fraichement (novembre 1991) nommé manager général des Packers, Ron Wolf.

LE COUP DE GÉNIE DE RON WOLF

Ron Wolf avec son « poulain »

Ron Wolf a été intronisé en 2015 au Hall of Fame, et la manière dont il a transformé les Packers suffit à cet honneur. Car il a inversé le cours de l’histoire d’une franchise vivant avec les glorieux souvenirs de l’ère Lombardi dans les années 60 mais avec un présent alors peu reluisant où les saisons négatives s’enchainaient durant les années 70 et 80 (15 saisons négatives en 24 ans et seulement 2 apparitions en play-offs).

Ron Wolf n’a alors pas encore choisi son head coach. Ce sera fait le 11 janvier 1992 avec l’embauche du coordinateur offensif des San Francisco 49ers Mike Holmgren, qui succède à Lindy Infante, débarqué le 22 décembre 1991 avec un sombre bilan de 24 victoires et 40 défaites en 4 saisons (1988-1991).

Mais avant le head coach, Ron Wolf avait tout autant préparé son affaire pour le poste de QB. Tout juste enrôlé en novembre 1991 dans la maison Packers, Ron Wolf embarqua 4 jours après son Président Bob Harlan pour voir un match des Falcons dans cette fin de saison 1991.

Durant l’avant-match, Ron Wolf descend dans les coulisses pour aller voir ce jeune back-up QB (qui est même QB 3 à ce moment-là) au bras si fort à l’université. Remontant voir son président peu après, il prévint Harlan : « je vais monter un échange avec les Falcons pour obtenir ce jeune QB, es-tu d’accord ? ». « Oui, je te fais confiance » dit Harlan, tout en ne connaissant pas le joueur dont il parlait !

Et pour cause, Favre n’eut que 5 mises en jeu NFL en 1991 pour 4 passes tentées, 0 passes complétées. Dans ces 4 passes tentées, 2 interceptions dont un pick-6 et un sack concédé pour une perte de 11 yards ! Bref, une catastrophe dans une déroute des Falcons chez les Washington Redskins (score de 56 à 17), futur vainqueur du Super Bowl 1991 face aux maudits des années 90, les Buffalo Bills.

Comment croire alors à ce QB à l’éthique douteuse ? Le nombre d’exemples de QB brillants à l’université mais incapables de faire le saut à l’échelon professionnel ne manque pas.

Et pourtant, Ron Wolf crut fort à son flair de détection de jeunes talents, lui qui avait poussé les New York Jets à choisir Favre lors de la draft 1991 alors qu’il était l’assistant du GM des Jets. On ne saura jamais ce qu’auraient fait les Jets, eux qui avaient le choix n°34 alors que les Falcons grapillèrent Favre… au choix n°33 !

L’ÉCHANGE

Le 11 février 1992, le manager général des Packers monte donc son échange : un 1er tour que GB donne aux Atlanta Falcons en échange de Favre. Le pick donné est le 17ème choix, un choix récupéré des Philadelphia Eagles l’année précédente.

C’est énorme. Les Packers donnent + (un 17ème choix) que cela a coûté aux Falcons (un 33ème choix) l’année précédente alors que le joueur a tout sauf prouvé qu’il était fiable !

Et pourtant, tout poussait au fiasco. Même la visite médicale ! Plusieurs sources disent que les médecins lui auraient diagnostiqué une nécrose vasculaire de la hanche, exactement la même blessure qui a mis fin à la glorieuse mais trop courte carrière d’un plus grands sportifs américains : Bo Jackson, tout aussi excellent footballeur (1987-1990 chez les Los Angeles Raiders) que joueur de base-ball !

Et que malgré ce diagnostic (finalement pas si pertinent) qui aurait pu faire capoter le trade, Ron Wolf n’en eut cure et fit définitivement confiance à son instinct.

En montant cet échange, Wolf ne faisait pas mystère de faire de Favre son QB pour la décennie, malgré la grosse cote de ce pari.

DES DÉBUTS DIFFICILES PUIS LA RÉVÉLATION

Pourtant, c’est Majowski, QB 1 des Packers depuis 1987, qui débute la saison 1992 lors de la semaine 1 au Lambeau Field face au rival du Minnesota, les Vikings emmenés par le QB Rich Gannon.

« The Majik Man » n’a pas rendu une mauvaise fiche lors ce week 1 : 27/38 à la passe, 189 yards à la passe (on est en 1992), 2 TD et 1 INT, tout en encaissant 6 sacks. Mais le plan était dans les tiroirs du staff.

Lors du match 2 au Tampa Stadium pour affronter les Buccaneers dans un 2ème choc de NFC Central en 2 semaines choc, Majowski ne brille pas spécialement en 1ère mi-temps : 10/15 à la passe pour 75 yards, 1 INT et 2 sacks pour 18 yards encaissés.

Il n’en fallait pas plus pour tester Favre dans la seconde période alors que le score de 17-0 pour les Bucs ne laissait que peu de doute sur l’issue du match. Mais le n°4 n’est alorspas non plus à la fête : 8/14 à la passe pour 73 yards et lui aussi 1 INT.

Et pour l’histoire, la première passe complétée de Favre en carrière fut réceptionnée par… Favre lui-même ! À la faveur d’une déviation du défenseur de Tampa Bay Ray Seals, Favre récupérait le ballon pour une réception de… – 7 yards.

Avec une lourde défaite 31-3 donnant un bilan de 0-2, cette saison 1992 ne laisse pas augurer du grand renouveau promis par le coup de balai dans l’organisation lors de la fin de la saison 1991.

Le grand tournant du destin interviendra lors de la semaine 3. Comme souvent en NFL, la blessure de l’un favorise l’émergence de l’autre. Dès le 1er quart-temps, Majowski se déchire les ligaments de la cheville. Cette fois, c’est sûr, le poste de QB des Packers est dédié à Favre pour la saison.

Favre entre en jeu… et la sauce ne prend pas vraiment de suite. Le jeune QB accumule les fumbles (4 fumbles dans le match) et les passes incomplètes. Lambeau Field le hue et réclame le 3ème QB Ty Detmer.

Malgré cette conduite catastrophique, GB n’est mené « que » 17 à 3 à l’entame du 4ème quart. C’est à partir de ce moment-là que cela a « cliqué ». Favre fit un comeback à la Favre que j’avais raconté dans cet article à l’occasion des 25 ans des vrais débuts fulgurants de Brett Favre.

L’histoire d’amour entre Green Bay et son n°4 fétiche commençait réellement et à partir de la semaine 4 de la saison 1992, Brett Favre débutait son record de la plus longue série de matchs pour un QB titulaire. Son record de 253 matchs en uniforme Packers jusqu’aux play-offs de la saison 2007 sera prolongé avec les New York Jets puis les Minnesota Vikings pour atteindre la marque inégalée de 293 rencontres consécutives.

Le reste, c’est de l’histoire. L’avenir proche voyait les Packers gagner une série de 6 matchs consécutifs au cours de la saison 1992. Du jamais vu depuis 1965 ! Favre allait déjà au Pro Bowl cette saison-là (11 Pro Bowls en carrière)

Puis, après avoir manqué de justesse les play-offs dès sa première saison en 1992 (bilan de 9-7), ce fut chose faite en 1993, une première pour les Packers depuis 1982.

Favre célèbre la victoire des Packers au Super Bowl de la saison 1996

La machine était lancée… pour 16 saisons en vert et or où il y aura notamment le gain du Super Bowl en 1996, une cruelle défaite au même stade en 1997 contre les Denver Broncos et 3 titres consécutifs de MVP en 1995, 1996 et 1997, ce qu’aucun autre joueur NFL n’a réalisé sur ce dernier point.

Les Packers revenaient sur le devant de la scène NFL et commençaient à faire leur retour dans la plus vieille rivalité NFL contre les Chicago Bears. Avec un bilan de 21-11 contre les Bears. Une oeuvre qu’a continué et parachevé Aaron Rodgers qui lui a pour l’instant un bilan de 25-5 (ah ça, c’est sûr :  » i still own you »). Si bien que le débours insurmontable contre les Bears au début des années 1990 a même été renversé il y a peu avec désormais un bilan de 103 victoires pour les Packers, 95 victoires des Bears et 6 matchs nuls (saison régulière et play-offs inclus)

L’histoire d’amour entre Favre et Green Bay s’est momentanément fini en eau de boudin au rythme des déclarations de retraite annuelles du joueur avant que le front office décide d’échanger le joueur aux New York Jets avant la saison 2008. Car il fallait laisser la place à un nouveau QB sur lequel le manager d’alors, Ted Thompson, eut lui aussi une intuition sur un gamin prometteur : Aaron Rodgers, désormais 14 saisons au compteur.

Depuis, le temps a passé, la hache de guerre a été enterrée. Brett Favre a été intronisé au Hall of Fame dès sa première année d’éligibilité en 2016 (avant tout pour sa carrière aux Packers) et son numéro 4 a été retiré chez les Packers. Il affiche même avec Rodgers un respect mutuel teinté d’amitié si on en croit désormais les déclarations des deux QB qui ont marqué les 30 dernières années de la franchise des Packers.

Heureux cheeseheads que nous sommes d’avoir bénéficié de deux des plus grands QB de l’histoire NFL ces 30 dernières années.

GreenBayPackersFrance

2 Comments

  1. DavidBrillac

    Article complet sur le très rustique numéro 4 ( mon numéro fétiche) du Mississippi, qui fut longtemps mon idole, avant ses prises de position très, trop Trumpiste !
    Respect tout de même pour avoir avoué son goût immodéré pour l’alcool et ses prises d’anti douleur, jusqu’à 10 gélules de 1000 mg de paracétamol par jour, une folie, qui aurait pu le tuer 10 fois par arrêt cardiaque.
    Merci Jerry le gland, et surtout Ron Wolf qui à relancé totalement les Packers avec ce coup de maître , doublé d’un deuxième, avec le choix du génial Mike Holmgren.
    Une image de Favre, son casque poing levé dans le Super Dome l’image de ton article précédent.
    Favre – Rodgers 30 ans de bonheur et de frustration.
    Go Pack Go !

  2. Guile

    @DavidBrillac : frustration, tu m’étonnes. Avoir deux avions de chasse en QB pendant 30 ans et ne ramener que deux fois le Lombardi à la maison ça fait quand même chier (surtout quand tu te dis qu’Eli Manning en a autant en nous stoppant à chaque fois…).
    Bon, on aura quand même vécu des saisons de fou où ça lançait dans tous les sens et rien que pour ça, ça valait le coup. Même si je crois que je n’oublierais jamais Brandon Bostick…

    @GBPF : Merci pour la suite d’articles sur Brett Favre, ils sont très complets et très sympa et cela occupe le temps durant cette morne plaine 🙂

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