17 nuances d’Adams

Au soir du 17 mars 2022, le n°17 des Packers a choqué la sphère NFL en étant l’objet d’un trade entre son équipe, qui l’avait bloqué par le franchise tag en 2022, et les Las Vegas Raiders. Si on savait que les relations n’étaient pas au beau fixe entre l’organisation et le joueur, ce dernier a influé grandement pour atterrir là où il le voulait.

UN TRADE SURPRISE

C’est la magie d’être fan NFL et d’habiter en Europe. Pendant que vous dormez la nuit, il peut se passer des évènements importants outre-atlantique. Quand je me suis réveillé le 18 au matin, les informations m’annonçaient brutalement le départ de Davante Adams, WR n°1 incontesté des Packers, pour les Las Vegas Raiders.

Ou plutôt échangé. Contre les 1er tour et 2ème tours de draft 2022 des Las Vegas Raiders. Soit le 22ème et le 53ème choix général.

Côté pile, les Packers se retrouvent dans une situation qu’ils n’ont jamais connu depuis… 40 ans avec 4 choix de draft dans les 62 premiers choix généraux (et encore à cette époque, la NFL comptait que 28 équipes faisant remonter mécaniquement les choix par rapport à aujourd’hui) :

  • le 22ème choix
  • le 28ème choix
  • le 53ème choix
  • le 59ème choix

Une incroyable manne de choix de draft sur laquelle est assis le manager général Brian Gutekunst, lui qui a effectué trois « trade-up » sur les 4 premiers tours de draft qu’il a effectué depuis sa prise de fonctions (seule la dernière cuvée de 2021 a fait exception).

Mais côté face, les Packers ont désormais aussi un besoin criant au poste offensif le plus flashy avec la perte de l’incontestable WR n°1 des Packers de ces dernières années, un WR qui aurait pu, s’il avait continué plusieurs années en association avec Aaron Rodgers, être le receveur aux meilleures statistiques dans l’histoire de la franchise et dépasser un Don Hutson stratosphérique de 1935 à 1945 (7991 yards et 99 TD en carrière).

RESSORT CASSÉ

Comment en est-on arrivé là alors qu’on pensait les destins du n°12 et du n°17 liés presque à jamais ?

La nouvelle a surpris car on a en effet appris quelques jours avant le retour avec certitude de Rodgers avec les Packers jusqu’à sa probable fin de carrière. Il est donc certain qu’Aaron Rodgers, en paraphant son extension de contrat le liant assurément avec les Packers jusqu’en 2024 inclus, savait que Davante Adams, « le meilleur joueur avec lequel il n’avait jamais joué » selon ses propres dires, ne serait alors plus membre des Packers.

Aaron Rodgers a sûrement une part de responsabilité indirecte dans le départ d’Adams. En semant le doute sur son avenir, en laissant dans l’incertitude l’organisation selon ses humeurs depuis l’inter-saison 2021 où il entama un bras de fer gagnant avec le front office, il ne leur permit peut-être pas de se concentrer sur le cas du receveur et d’accéder rapidement à ses exigences. Adams avait depuis longtemps fait état de sa volonté d’être le WR le mieux payé de la NFL.

Car les racines de la discordance semblent remonter bien avant que les Packers n’appliquent le « franchise tag » sur Adams quelques jours avant le début de la « free agency ». Et on ne peut que féliciter le front office d’avoir appliquer logiquement cette police d’assurance au lieu de croire aux négociations de nouveau contrat sous prétexte que Rodgers était de retour avec certitude.

Il apparaît que le ressort avait cassé avant le début de la saison 2021 quand les longues négociations d’avant-saison n’avaient pas abouti à un accord. Pourtant, les Packers auraient offert alors une moyenne annuelle similaire (22,5 M de $ par an) à ce que les Raiders offrent à Adams en argent garanti sur les 3 premières années de contrat (67,5 M de $ garantis).

De cela, on peut supposer deux choses :

  • que Davante Adams pensait vraiment décrocher la méga timbale, fort de ses qualités, refusant avant la saison 2021 une offre des Packers jugée alors insuffisante
  • l’offre des Packers avant la saison, si elle atteignait la même moyenne annuelle que l’offre acceptée des Raiders, ne devait pas comporter autant de garanties

Mais ne nous y trompons pas. Lorsque la révélation du contrat est sorti, les médias faisaient les gros titres sur le plus gros contrat jamais donné à un receveur NFL, soit un contrat de 5 ans pour 141,25 M$ (28,5 M$ par an). Ce qui est vrai… en théorie.

Car comme c’est toujours le cas dans les contrats NFL, le diable se niche dans les détails des contrats et surtout dans les montant garantis. Or, il apparait que le contrat de 5 ans est en fait basiquement un contrat de 3 ans déguisé. En fait, le contrat ne comporte que 67,5 M de $ garantis, soit un petit 48 % du montant total, alors que c’est précisément ce qu’un joueur vétéran va chercher.

Basiquement, Adams aura 32 ans quand les Raiders pourront le résilier aisément. S’ils décident de « cuter » Adams à la fin de la saison 2024, le n°17 ne comptera que pour 7,7 M de $ de dead cap pour 2025 et 2026, les deux dernières années de contrat.

L’orgueil d’Adams a dû beaucoup jouer dans ce départ du Wisconsin car il est difficile de croire que les Packers n’ont pas mis sur la table l’équivalent de 70 M de $ par an sur 3 ans (certains parlent même de 75 M de $).

Mais on l’a dit, Adams n’a sûrement pas été considéré par les Packers comme il l’aurait souhaité et au moment où il le voulait. Mais bien logiquement puisque les Packers avaient à coeur de ramener d’abord le double MVP en titre au poste le plus important du football américain.

Sentant qu’Adams avait de toute façon la tête ailleurs depuis le franchise tag appliqué, Brian Gutekunst voulut s’éviter une nouvelle situation compliquée à gérer durant l’inter-saison, d’autant plus qu’il savait pertinemment que Rodgers soutiendrait publiquement le receveur.

Pourtant, Rodgers était bien au courant qu’Adams serait échangé au moment de son extension à 150 M de $ garantis sur les 3 prochaines années. La NFL est un business et il est aussi bon de rappeler que si le n°12 et le n°17 étaient soudés sur le terrain, ils ne faisaient pas partie du même cercle amical. Adams n’est ainsi pas autant apparu lors de fêtes, vacances ou de périples au Kentucky Derby qu’un David Bakhtiari ou d’un Randall Cobb par exemple.

Pour Gutekunst, il était dans l’intérêt de sortir rapidement d’un conflit qui aurait pourri les mois à venir et de montrer, sous le contrôle de Rodgers, que la franchise savait remercier des joueurs qui ont tant donné à la franchise.

LES RAIDERS ET RIEN D’AUTRE

C’est pour cela que seuls les Raiders pouvaient être l’équipe élue par la volonté d’Adams qui se remémore toujours avec nostalgie ses années à l’université de Fresno State avec son pote Derek Carr, actuel QB des Raiders.

Alors, si en jouant les jusqu’au-boutistes, les Packers auraient pu obtenir deux 1ers tours de draft comme compensation réglementaire d’un joueur capté par une autre franchise alors que celui-ci est sous le sceau du franchise tag non exclusif, ils ont préféré jouer la carte de l’apaisement au sein de la maison Packers et accepter l’échange proposé par les Raiders, et donc une offre moindre, d’un 1er tour et d’un 2ème tour de draft.

Néanmoins, sur ces 20 dernières années, le trade qui s’approche le + de la valeur de celui d’Adams, c’est celui d’Odell Beckham Jr aux Cleveland Browns en 2019 qui ont lâché un 1er, un 3eme et le safety Jabril Peppers qui était un 1er tour de draft 2017.

ADAMS, N°1 ÉPHÉMÈRE

Mais dans la surenchère promise par l’augmentation prévue de ces prochaines années, l’échange d’Adams a été éclipsé quelques jours plus tard par celui des Miami Dolphins captant Tyreek Hill, le WR des Kansas City Chiefs jusque-là.

L’ancien n°10 de KC a fait débourser un 1er tour et un 2ème tour de draft 2022 comme Adams… mais aussi un 4ème tour 2022 ainsi qu’un 4ème et un 6ème tour de draft 2023.

La valeur du trade de Tyreek Hill semble donc plus élevée mais ce n’est pas si évident que cela puisque le classement du 1er tour influe grandement sur la valeur de l’échange. Or, les Dolphins donnent le 29ème choix général quand les Raiders ont donné le 22ème choix. Or, quand on sait que les Packers ont donné par exemple un 4ème tour de draft 2020 pour monter du 30ème au 26ème choix général pour capter Jordan Love (aargh !), on s’aperçoit que la valeur de l’échange Packers-Raiders est globalement similaire à celui de l’échange Chiefs-Dolphins.

D’un point de vue financier, Davante Adams aura été le prince des receveurs le temps de quelques journées, Tyreek Hill décrochant une extension de 4 ans à 120 M de $, soit 30 M de $ par saison. Mais c’est surtout l’argent garanti qui fait la différence avec 72,2 M de $ garantis pour Hill, soit quasiment 5 M de plus qu’Adams.

Quand on sait qu’Adams a martelé tout au long des derniers mois vouloir être le WR le mieux payé de la ligue, son orgueil a dû en pâtir et son agent en entendre des vertes et des pas mûres.

Bon, le n°17 se consolera avec le taux d’imposition sur les revenus de l’Etat du Nevada (Las Vegas) qui est de 0 %, quand celui du Wisconsin flirte avec les 8 %. De quoi lui faire gagner plusieurs millions encore par rapport à son ancien contrat à Green Bay. Mais pas de quoi rattraper le contrat de Tyreek Hill puisque la Floride (Miami) applique aussi un taux d’imposition sur les revenus nul.

Davante Adams s’en va rejoindre son pote Derek Carr (QB) dont l’avenir a été assuré avec l’arrivée à Las Vegas du nouvel « head coach » Josh Mc Daniels. Et il va s’insérer dans une attaque florissante avec un duo de RB composé de Josh Jacobs et de Kenyan Drake, un des meilleurs TE de la ligue Darren Waller et les WR Renfrow (103 réceptions en 2021) et Bryan Edwards.

Dans une telle attaque, il y a fort à parier qu’Adams ne soit pas aussi abreuvé de ballons qu’il ‘était à Green Bay, parfois abusivement par Aaron Rodgers, et qu’il ne retrouve pas ses statistiques des années passées.

De plus, certes il s’entendait comme larrons en foire avec Carr à la fac mais leur duo à Fresno State (Californie) date de… 2013. Quand on sait qu’un Adams, certes jeune, n’a pu émerger qu’à partir de sa 3ème année NFL et qu’il a atteint sa plénitude depuis quelques années grâce à la connexion quasi innée qu’il avait établi avec le n°12, on peut douter sur la même domination du n°17 dans le classement des receveurs NFL.

ADAMS, DANS L’HISTOIRE DES PACKERS

Il lui sera vraiment difficile d’égaler sa dernière saison à Green Bay qui fut sûrement sa plus aboutie. En 2021, Adams a ainsi battu ses records de saisons en nombre de réceptions (123) et en nombre de yards à la réception (1553 yards). Il ne fut pas aussi prolifique en TD qu’en 2020 avec seulement 11 TD quand l’année précédente, il flirta avec les standards historiques avec 18 TD, le plaçant sur la 3ème marche du podium « all-time » de la catégorie. 2020 et 2021 auront d’ailleurs été les années de ses deux sélections All-Pro.

Au bout de 8 saisons NFL sous le maillot vert et or, Adams, drafté au 53ème choix de 2014 (les Packers ont aussi le 53ème choix en 2022, hérité des Raiders…) aura posté des statistiques qui font de lui le 2ème dans l’histoire des Packers au nombre de réceptions (669) et de touchdowns (73) ; également 4ème en yards à la réception (8121).

Avec quelques saisons de plus en association avec Rodgers, Adams aurait pu être le receveur le plus prolifique de toute l’histoire d’une franchise iconique comme les Packers. Il aurait pu dépasser les 743 réceptions de Donald Driver (avec 74 réceptions de +), les 99 TD qui paraissaient inatteignables de Don Hutson, WR de 1935 à 1945 (avec 26 TD de +), ou encore les 10.137 yards de Donald Driver (avec 2016 yards de +).

Il aura préféré une autre issue avec un autre maillot. Néanmoins, et même s’il va lui manquer un match ou même une action historique en play-offs dans sa légimité, Davante Adams fera partie assurément du Packers Hall of Fame et d’une équipe type des Packers des 30 dernières années.

GreenBayPackersFrance

4 Comments

  1. DavidBrillac

    100% d’accord avec toi, Adams est un merveilleux WR, élégant, virevoltant, clutch, j’en passe et des meilleurs.
    Mais il voulait partir rejoindre son ami à Vegas ( quelq’un se souvient de cette série au début des années 80 qui se déroulait là-bas 😁)
    Peu importe l’argent que les Packers allait mettre sur la table, Adams avait décidé de tourné le dos à la plus prestigieuse des franchise NFL, et d’aller au Raiders, franchise aussi très prestigieuse, mais avec un quaterback moyen avec lequel il n’ira jamais au Super Bowl.
    Les Driver, Nelson, Jennings, et Jones ont eux une bague, Adams non !

    Autant d’argent pour un WR n’est jamais une bonne idée, si bon soit-il, 150 millions pour un des meilleurs de tout les temps, comme Rodgers est plus logique.

    Il n’y a plus qu’à croiser les doigts pour que les Packers trouve 4 super joueurs avec leur 4 premier choix.
    Go Pack Go !

  2. Guile

    @David : Je t’avouerais que je n’ai pas vu des masses d’épisodes de Vegas, ça a dû commencer un peu tôt pour moi avec peu de rediff dans la seconde partie des années 80. Par contre, puisqu’on parle aussi de Miami dans l’article, je me souviens beaucoup plus des fringues de Sonny Crockett et Ricardo Tubbs 🙂

    Sur Adams, comme je le disais dans un article précédent, je le vis plutôt bien et beaucoup mieux que le départ de Nelson.
    1 – A priori, il voulait vraiment partir revoir son best friend de fac donc tant mieux pour lui même si recevoir des ballons de Carr c’est autre chose que recevoir des ballons de Rodgers (avec tout le respect que j’ai pour Carr, je ne pense pas lui faire insulte).

    2 – La compensation me semble à la hauteur. J’ai lu que les Raiders proposaient aussi 1er tour 2022 et 2023 mais vu le contrat de Rodgers, je pense que la solution du 1er et 2nd tour cette année était la meilleure (surtout vu la perte). Après, sûrement que Gute aurait peut-être pu trouver mieux en l’envoyant à Miami (par exemple) vu qu’à priori ils cherchaient et qu’avec le tag il pouvait l’envoyer où il voulait. Il a été classe avec Adams et personnellement, je trouve ça mieux.

    3 – Cela nous permettra de sortir de la Adams fixation de Rodgers ces dernières années et on a vu qu’on pouvait gagner des matchs sans lui ces 2-3 dernières saisons. Il va falloir s’adapter parce qu’on a perdu, de mon point de vue, le meilleur receveur NFL actuel. Avec tout le respect que j’ai pour Hopkins, Kupp, Hill, Diggs ou autres, pour moi aucun n’a la capacité de séparation, ce jeu de jambe, cette capacité de suivre un tracé, de se démarquer, etc.. Je lui souhaite le meilleur et si dans 3 ans, il veut revenir refaire un petit tour à Green Bay comme Cobb, ça sera avec plaisir.

    Sinon, maintenant qu’on est blindé en TDD, je verrais bien la draft d’un duo de WR dans les 3-4 premiers tours.
    Perso, je serais pour un duo Chris Olave – Alec Pierce mais vu les précédentes drafts de Gute, je dois être complètement à côté de ce qui va être fait.
    J’espère juste qu’avec tous ces choix, il ne va pas craquer et faire un trade-up qui ne sert à rien.

  3. DavidBrillac

    @Guile, le générique de Vegas était pas mal, mais celui de Miami Vice avec le hors-bord filant à fond, effectivement inoubliable.

    Adams a manqué 7 matchs ces dernières saisons pour blessures, à chaque fois je me suis dit, ce match est perdu, hé bien non Rodgers a réussi à gagner ses 7 matchs là sans Adams, c’est plutôt bon signe.

    Il reviendra peut-être à la maison dans trois saisons, comme Cobb ou Jones avant lui.
    D’ailleurs, les Raiders adorent se fournir ou débaucher les WR des Packers.
    Après Howard, Walker, Jones, Nelson, voici venu le temps des rires et des champs, heu pardon le temps d’Adams aux Raiders.
    Pour rappel, les 4 autres ont disparu des radars en allant chez les Raiders, ce ne sera pas les cas de Adams, mais ça ira en baissant, c’est sûr.

  4. DavidBrillac

    Et j’ai même oublié le grand James Lofton, lui aussi parti au Raiders, et lui aussi a périclité aux Raiders.

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