Bart était une « Starr »

Starr 1

 

Le temps qui passe n’a jamais eu autant de résonance pour les fans des Packers que ces derniers mois. Car après Jim Taylor (RB), après Forest Gregg (RT), c’est le joueur emblématique des Packers des années 60 qui s’en est allé à 85 ans : Bart Starr. Le quarterback de l’équipe de Vince Lombardi peut à raison être considéré comme le plus grand joueur de l’histoire des Green Bay Packers.

LE PLUS GRAND, LA PLUS GRANDE ACTION

Peu de personnes pourrait contester ce titre à Bart Starr. QB de l’équipe la plus titrée de l’histoire des Packers, champion NFL en 1961, 1962, 1965, 1966 et 1967, Bart Starr fut le premier QB de l’histoire de la NFL à cumuler 5 titres et reste encore à l’heure actuelle le seul à les avoir cumulé en une décennie.

GB 60

Bart Starr (n°15), entouré de Jim Taylor (n°31) et de Forrest Gregg (n°75)

Il fut aussi l’auteur de l’action la plus mémorable du match le plus mémorable de l’histoire de la NFL : le touchdown de la victoire des Packers lors du « Ice Bowl », le surnom donné au championnat NFL (l’équivalent de la conférence NFC) disputé en 1967 entre les Green Bay Packers et les Dallas Cowboys.

16 secondes à jouer, GB est mené de 3 points, la balle est à 1 yard de l’en-but des Cowboys. Et Bart Starr convainquit le légendaire coach Vince Lombardi, pourtant si directif, de jouer la tactique que le QB sentait le mieux. Cette tactique fut « un QB sneak », une course directe du QB après la mise en jeu. Et pourtant, Starr n’avait pas encore fait une seule fois cette action de toute la saison ! Quelle inspiration, quelle confiance !

Car pour qu’elle soit restée dans l’histoire, cette action fut réussie. Derrière son Centre Ken Bowman et son Garde Droit Jerry Kramer, Starr trouva l’ouverture à travers une multitude de corps pour traverser le plan vertical de l’en-but. 21-17 pour les Packers. Cette victoire donna accès aux Packers pour le Super Bowl II où ils ne feront qu’une bouchée du champion AFL (l’équivalent de l’AFC désormais), les Oakland Raiders, 33 à 14. Ce 2ème Super Bowl donna le 5ème titre NFL en 7 ans à GB, mais aussi fait unique dans l’histoire des play-offs NFL : 3ème titre consécutif  !

Cette action rangea les Packers de Lombardi dans le panthéon de la NFL au terme d’un match présumé comme le plus froid jamais joué : – 27 °C, soutenu par un vent polaire qui selon plusieurs évaluations faisait baisser la température ressentie à – 43°C ! C’est en raison de ces conditions que ce match légendaire fut surnommé le « Ice Bowl ».

IceBowl

À la surprise générale, Starr tente un « QB sneak » à quelques secondes de la fin du SB II

On n’imagine peut-être pas l’importance et la dramaturgie de cette action. Arriver à faire fléchir un Lombardi aussi strict et à la discipline militaire pour une action aussi cruciale, ce fut la preuve d’un courage énorme et d’une force de persuasion à nulle autre pareille. Pour définitivement rentrer dans l’histoire de son sport.

Et dans l’histoire des Packers, bien évidemment. Une équipe à qui il est resté fidèle durant ses 16 années de carrière en tant que joueur de 1956 à 1971, la plus longue période jamais atteinte dans l’histoire de la franchise. Un record que seul le QB Brett Favre égalera, alors qu’Aaron Rodgers devrait atteindre cette marque à la fin de la saison 2020. Élu meilleur joueur de la saison 1966, ayant été sélectionné pour 4 Pro Bowl, il fut également sacré meilleur joueur des Super Bowls I (1966) et II (1967), cette dernière distinction restant encore unique dans l’histoire de GB.

UNE LUEUR PUIS LE FIRMAMENT

Et pourtant, ce destin était improbable. Car les Packers obtinrent le QB au… 17ème tour (!) de la draft 1956. Bon, il faut dire qu’à cette époque, il n’y avait que 12 équipes NFL et donc 12 choix par tour, mais ce fut tout de même au 200ème choix général.

Pourquoi un choix si tardif pour un quarterback issu de la célèbre université d’Alabama qu’il mena au titre de conférence (SEC) dès sa deuxième année universitaire, et désigné par son coach Reb Drew comme le meilleur passeur que l’université n’ait jamais eu ? Parce que lors de sa 3ème année universitaire, il fut blessé au dos et le coach Drew fut viré, puis lors de sa 4ème année, le plan de jeu était clairement axé sur la course, tellement que Starr dut partager le poste de QB avec un coureur.

En étant choisi en 200ème choix général par les Packers, il était dit que son chemin ne serait pas de suite pavé d’or. QB 2 pour sa première saison en 1956, il partageait le poste de QB 1 avec Babe Parilli en 1957 et 1958 pour à peine 30 % de victoires sur ces deux années. L’arrivée de Lombardi au coaching en 1959 fit du nouvel arrivant Lamar Mc Han le QB 1, Starr dut encore ronger son frein. À la faveur de la blessure de Mc Han en fin de saison, Starr eut enfin sa chance pour les 5 derniers matchs. Bilan : 4 victoires et 1 défaite.

Mais à l’aube de la saison 1960, Mc Han restait encore le QB titulaire. Plus pour longtemps. Car lors du 5ème match de la saison chez les Pittsburgh Steelers, Lombardi faisait rentrer Starr pour le 4ème quart-temps et faisait gagner les Packers sur le fil. La confiance de Lombardi était gagnée. Starr deviendrait l’indéboulonnable QB de GB et noua une relation filiale avec le légendaire coach à la gestion militaire qu’on ne pourrait plus appliquer de nos jours. Starr, fils de militaire, avait trouvé cet encadrement qui lui semblait si familier et sut s’en accommoder mieux que quiconque, trouvant en Vince Lombardi peut-être un second père.

Lombardi-Starr

Vince Lombardi – Bart Starr : le duo mythique de la plus grande équipe des Packers

Il devint également un modèle pour ses coéquipiers qui se sont vite rendus compte que derrière le faciès de beau gosse des années 60 était tapi un joueur tout autant gracieux que dur au mal. Car dans une époque où le football américain était le summum de la virilité, il était facile d’être catalogué comme un joueur « précieux », comme une femmelette disons-le en langage de l’époque, tant qu’on n’avait pas montré qu’on aimait les coups, qu’on savait les prendre tout autant que les rendre.

Starr devint le leader sur le terrain que Lombardi cherchait et dont il avait besoin. Une fois Starr titulaire à mi-saison 1960, il emmenait GB en finale NFL, perdu 17-13 contre les Philadelphia Eagles. Ce n’était que partie remise avec le premier titre de l’ère Lombardi en 1961 dans une démonstration 37-0 face aux New York Giants, premier d’une série de cinq titres.

Il terminait sa carrière lors de la saison 1971, à 37 ans. Cette dernière saison fut celle où il toucha le meilleur salaire de sa carrière : 100.000 $… Il mettait fin à 16 saisons en vert et or où il lança pour 24,718 yards et 152 touchdowns. Rapporté au nombre d’années, cela parait peu par rapport aux standards actuels mais c’était dans une ère dévouée au jeu de course et où les règles permettaient au défenseur de mener la vie dure au quarterbacks.

Il remporta donc 5 titres NFL, fut sélectionné 4 fois au Pro Bowl et fut élu MVP de la saison 1966.

Avec lui, les Packers ont remporté 73 victoires et connurent seulement 21 défaites et 4 matchs nuls en saison régulière. Mais c’est en play-offs que Starr montrait son sang-froid et son leadership : 9 victoires pour une seule défaite. L’évaluation statistique du n°15 de GB en play-offs est de 104.8, la meilleure encore à ce jour, devant tous les QB de l’ère moderne aux règles si favorables à leur encontre.

ENTRAINEUR EN MANQUE DE RÉUSSITE

Quand une telle légende quitte la franchise, il s’en suit bien souvent des années de dépression. C’est pour cela qu’après 3 saisons (1972 à 1974) où les Packers dirigés par le head coach Dan Devine n’eurent qu’une saison positive, GB se tourna naturellement vers son messie. C’est ainsi que Starr revint sur un terrain pour les Packers en 1975, mais au bord pour en être l’entraineur en chef. Entre-temps, le joueur vit son numéro 15 retiré par la franchise, dès 1973, reconnaissance de son immense apport aux Packers.

Mais la carrière d’entraineur de Starr n’eut pas la même aura que sa carrière de joueur. Sûrement revenu trop tôt aux affaires avec un effectif qui n’était plus aussi talentueux que lors des années Lombardi, Starr ne fit jamais monter la mayonnaise. Il resta neuf années en tant que « head coach » pour un bilan de 52 victoires, 76 défaites et 3 nuls, 3 saisons positives, et une apparition en play-offs en 1982. La durée de son mandat d’entraineur eut beaucoup plus à voir avec le respect du joueur qu’avec les performances de l’équipe qu’il coachait, et aussi avec sa personnalité respectée et respectable.

MONSIEUR GENTLEMAN

Car aussi incroyable que cela puisse paraître, les commentaires élogieux et unanimes qu’il y a eu depuis son décès il y a plus d’une semaine sont presque plus centrés sur la personnalité de Bart Starr que sur sa carrière de joueur.

Leadership, Humilité, Force, Authenticité. Tels sont les mots qui caractérisent le plus souvent Bart Starr dans la multitude d’éloges qui ont suivi son décès.

Car ce gars modeste de l’Alabama ne faisait pas cas de ses tracas personnels, combattant toujours l’adversité avec courage. On a vu que son chemin de joueur des ténèbres jusqu’à l’Olympe forçait déjà l’admiration. Mais Starr dut connaître aussi la douleur de perdre des êtres chers jeunes. Ce fut d’abord son petit frère Hilton qui disparut en 1946, atteint par le tétanos, alors que Bart n’avait que 12 ans. Puis c’est le plus jeune de ses deux fils qui fut emporté par une overdose à 24 ans. De ce décès, Bart et Cherry Starr ont continué le combat en s’investissant dans les oeuvres caritatives de prévention contre les ravages de la drogue.

On revit Bart Starr publiquement lors de la cérémonie du retrait du n°4 de Brett Favre à la mi-temps d’un match contre les Chicago Bears le 26 novembre 2015. Il avait mis toutes ses forces pour être présent à la cérémonie célébrée en l’honneur de son successeur dans l’histoire des Packers.

La photo était belle avec Starr, Favre et Rodgers, les 3 plus grands QB que les Green Bay Packers aient connu. Et entre Starr et Favre, ce n’était pas qu’une réunion entre 2 QB de la même équipe. Non, Starr avait voulu qu’ils soient très liés. En effet, après chaque match que le n°4 disputait, le n°15 (son numéro est retiré évidemment) lui envoyait une lettre manuscrite pour lui dire son point de vue sur le match, lui donner des conseils ou tout simplement le féliciter. C’est ce que Favre vient de révéler après la mort de son mentor.

Starr-Favre

Bart Starr honora de sa présence, à 81 ans, la cérémonie de retrait du n°4 de Brett Favre

Et pourtant, deux accidents vasculaires cérébraux et une attaque cardiaque survenues un an auparavant l’avaient quasiment condamné, sa survie étant une vraie résurrection selon le corps médical présent à ses côtés. Mais il était là. Diminué mais là. Parce que Lambeau Field. Parce que les Packers. Parce que le football. Parce que la vie.

L’éternel n°15 des Packers restera une étoile de son sport qui brillera éternellement au-dessus d’une équipe, et même d’un sport, dont il restera une figure légendaire.

 

 

4 Comments

  1. Merci pour ce superbe article.
    Dans un article précédent, tu m’avais dis que tu étais occupé et que l’article n’arriverait pas tout de suite et j’ai juste envie de te dire que cela valait le coût d’attendre (comme d’habitude).

    On ne va pas se mentir, tout ce que j’ai vu de Bart Starr, ce sont de vieilles vidéos trouvées à gauche à droite et des bouts de vieilles VHS que seul DavidBrillac doit encore avoir (avec ou sans magnétoscope, telle est la question…) 🙂

    On savait déjà qu’il était un super mec, respectueux de ses partenaires, de ses adversaires (j’ai lu quelque part qu’après le SBII, il avait été plutôt élogieux sur l’équipe des Raiders à une époque où la NFL prenait encore l’AFL un peu de haut) et un superbe joueur dur au mal.
    Le voir à la cérémonie pour le retrait du maillot de Brett, ça m’avait foutu les poils, l’émotion de tous, l’ambiance dans le stade,…
    Mais effectivement, la petite anecdote de Brett sur la lettre après chaque match…
    Je sais pas, ça te pose la personne et j’ai juste envie de conclure en disant : « Merci Monsieur » en posant le genou à terre.

  2. Green Bay Packers France

    7 juin 2019 at 11:38

    Merci Guile.
    J’ai essayé de faire un article le plus fourni qui soit en infos afin que tous les aspects de ce grand joueur et grand homme soient bien retranscrits.
    À la fin de mon écriture, je me suis foutu les poils tout seul. ^^

  3. Merci, rien à ajouter, espérons que le remplaçant de son remplaçant niveau vainqueur de SB durera autant sinon plus que les deux précédents.
    Cela dit, les joueurs de l’époque étaient clairement d’une autre trempe.

  4. DavidBrillac

    8 juin 2019 at 02:37

    Salut Guile, tu as de la mémoire, c’est bien !
    Hé oui, le magnétoscope et les VHS existent toujours, mais rangés dans un coin du grenier depuis bien longtemps, mais je n’oublie pas que c’est grâce a l’une d’entre elles achetée en 87 au hasard, que je suis devenu fan des Parckers avec un r, comme disait le commentaire en français où il était question de Vince Lombardi, et de Bart Starr, deux légendes !

    Merci a Julien, pour son bel hommage au numéro 15, le clan Starr serait content de savoir que quelque part en France, des fans français des Packers, même pas de ce monde à l’époque, écrivent sur leur père où grand-père.
    Bart Starr, rien que son patronyme est légendaire, légendaire comme les Packers des années 60, et sans lui et Lombardi, les Packers n’auraient pas eu la même destinée, dont les fameux Ice Bowl, First World Championship Game AFL vs NFL, et Super Bowl ll.

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